Firenze - Museo di San Marco
"Maestro Jardin Baroque? Musique s'il vous plait?"
et merci encore à celui qui a tout permis ...
Le musée du couvent San Marco de Florence a été la première visite lors de mon week-end florentin.
Pourquoi cet endroit vous direz vous? Tout simplement pour
les fresques de Fra Angelico qui ornent les murs, reflet lumineux et chatoyant
de la foi profonde de l’artiste, vues tant de fois sur internet ou sur carte
postale...mais là c'est en vrai!!
Pour
l’histoire, en 1434, le pape Eugène IV abandonne aux dominicains de Fiesole le
couvent San Marco, déjà ancien et bien décrépit, dans lequel sont installés les
membres de l'ordre de Saint-Sylvestre. Cosme l'Ancien, intervient en faveur des
dominicains à ce sujet et finance en outre la rénovation de l'édifice
(1437-1452), qu'il confie à Michelozzo. Encore aujourd’hui, le couvent dégage
un sentiment d'harmonie et d'élégance, sans aucun doute dû à ce cycle
extraordinaire où s’expriment ses pieuses aspirations artistiques.
Le cloitre est le point de départ avec son grand cycle de fresques, témoignage extraordinaire d’art contemplatif. Le génie de Fra Angelico est d'avoir su intégrer les règles de la perspective à des scènes où la force expressive est soulignée par l'usage de couleurs accentuées et peu naturelles, mais aussi une lumière très forte qui annule les ombres et participe au mysticisme des scènes sacrées.





Le point d'orgue, un "Saint Dominique adorant la croix" magnifiquement restauré.
Le Christ y est représenté avec réalisme (mais respect), comme le corps de celui que la tradition appelait "le plus beau des enfants des hommes ". Fra Angelico s’y montre un fidèle disciple de Catherine de Sienne en introduisant dans son art une attention particulière au sang versé par Jésus pendant sa passion. Le sang symbolisant trois éléments dans la mystique : la vie, la souffrance et l’amour, cette spiritualité insiste donc sur l’humanité du christ qui est représenté comme le lien entre Dieu et le monde. Le paradoxe de la sainteté s’exprime par l’union de la joie et de la souffrance.
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Dans la salle capitulaire trône une grandiose et touchante "Crucifixion". C’est à cet endroit que se réunissait la communauté selon le rythme de sa vie ordinaire ou pour des événements majeurs.
L’imposante fresque occupe tout le mur majeur. Le Christ y est représenté souffrant. A ses pieds, les personnages mentionnés dans les évangiles : marie, sa mère, Saint Jean, le disciple bien aimé, Marie-Madelaine et Marie femme de Clopas. La caractéristique principale de cette fresque est que ceux-ci sont entourés d’une foule de personnages ne relevant pas du contexte historique mais du monde des saints : Saint Jean-Baptiste (désignant l’agneau de Dieu) et saint-Marc (évangile ouvert), et les saints patrons de Florence à gauche ; à droite, les saints fondateurs d’ordre, les évêques et les docteurs.En dessous de la fresque, des médaillons représentants saints et bienheureux de l’ordre, encourageant les frères à suivre leur exemple, pour faire d’un novice, un prêcheur de vérité.

(Détail de la Cruxifixion)
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Dans la salle des hôtes est exposée la plus grande collection du monde de peintures sur bois de Fra Angelico (la Déposition du Christ de Santa Trinita, le Triptyque de Saint Pierre le Martyr, le Retable d’Annalena, le retable de Saint Marc, le Jugement Dernier, le Tabernacle des Linaioli).
Retable de Bosco ai Frati (1450)
(La vierge et
l’enfant, saint Antoine de padoue, saint Ludovic de Toulouse (saint louis
d’Anjou), saint François, saint Cosme, saint Damien et saint Pierre martyr)
Ce magnifique retable fut commandé à l’artiste par Cosme l’Ancien vers 1450, à l’époque où celui-ci finançait la reconstruction du couvent de San Bonaventura di Bosco ai Frati, dans le Mugello. Fra Angelico avait conscience d’essayer de jeter les bases d’une forme moderne d’art sacré, suivant les schémas de la Renaissance mais sur un ton authentiquement religieux. On remarque une simplification croissante des formes, d’une sereine austérité monastique, fruit d’une interprétation mystique. Les saints bavardent, entourant la vierge, auréolés, et elle-même nimbée d’un or pur et éclatant, symbole de leur sainteté.(L’idée de grouper les saints entourant la vierge sur un seul panneau vient en fait de l’école du nord - Van Eyck, fut un des premiers à transférer des personnages isolés d’un polyptique à fond doré dans un espace atmosphérique, et à se détacher du retable à plusieurs volets – mais porte le terme générique de « sacra conversazione » que parce que ce genre de composition a été très populaire à Florence à cette époque).
La déposition du Christ de Santa Trinita (1437-1440)
Le tympan traditionnel conçu pour recevoir un triptyque a ici été dépossédé de ses colonnes pour dégager un espace pictural unique. Marie-Madeleine repentante y embrasse les pieds du christ, à sa gauche un groupe de femmes endeuillées préparent le linceul, à l’opposé un élu inconnu (Alessio degli Strozzi commanditaire original ?) la tête ceinte d’une auréole différente des saints sert de médiateur entre le christ et ceux qui prient et derrière celui-ci un homme qui exhibe les futures reliques (clous et couronne d’épines).
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L’escalier qui mène à l’étage des cellules s’ouvre sur cette "Annonciation" mondialement connue, aux couleurs chatoyantes.
Ses œuvres, et celle-ci en particulier, reflètent admirablement son âme tendre et rêveuse, la chasteté de son imagination, l'humilité de son caractère, la profondeur de sa foi, la ferveur de sa piété, l'élévation de son esprit et la sainteté de sa vie, vertus qui lui valurent d'être mis au rang des bienheureux (Il Beato). Son art, avant tout expressif, est empreint d'une suavité et d'une douceur infinies. La douleur même est voilée d'une teinte de mélancolie sous son pinceau, et jamais il ne put parvenir à le rendre tragique ou austère. L'admiration de ses contemporains s'est formulée dans le surnom d'Angélique (Fra Angelico), accordé au grand artiste.
Ensuite vient l’enfilade de quarante deux cellules. Elles possèdent chacune sa fresque qui conte un épisode de l’Evangile (hormis les sept cellules des novices, où l’on peut voir la Crucifixion représentée avec relativement peu de variantes) : seule décoration, comme une fantaisie dans cet univers sobre. Le lyrisme religieux s’exprime au travers de ses créations extatiques.


Ainsi, ce "Christ aux outrages" de Fra Angelico,
est montré assis frontalement sur un simple parallélépipède. Il tient dans la main droite un bâton en bambou et dans la gauche une boule de couleur jaune qui semble être une pierre ou une éponge. Il a les yeux bandés mais, par une sorte de transparence, on voit que ceux-ci sont fermés. Mais, si cette fresque frappe le visiteur du couvent San Marco de Florence c’est bien par la représentation, autour du Christ, de cette tête d’homme de profil et de ces cinq mains, toutes sans corps, qui appartiennent de toute évidence à ses bourreaux. En représentant les bourreaux « en entier », Fra Angelico aurait surchargé sa composition, détournant l'œil du spectateur vers autre chose que le Christ et sa misère. Il laisse à la scène toute sa solennité et au Christ toute sa majesté, si dérisoire qu'elle soit.Il veut faire approcher au spectateur une réalité autre que celle de son quotidien, il crée ses œuvres pour instruire le peuple illettré et lui montrer la grandeur de Dieu. Les détails du visage et des mains suffisent à inspirer la compassion. Montrer autre chose est superflu.
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Tout au bout du couloir, la cellule de Savonarole, des reliques de vêtements le concernant (cilice, ceinture de crin) et son portrait par Fra Bartolomeo. Prieur du couvent à la fin du XVe siècle, célèbre pour ses prêches passionnées et ayant inspiré la République florentine, il fut exécuté sur la Place de la Signoria en 1489, accusé d’hérésie.
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A
l’opposé, se trouve une des plus prestigieuses bibliothèques de la renaissance
italienne, riche de textes grecs et latins, qui constitua un des centres de
propagation de l’humanisme florentin parmi les plus importants. Elle abrite une
collection remarquable de manuscrits enluminés du XVe siècle . Ce qui dans
un monastère dominicain peut paraitre incongru, ceux-ci n’attachant pas une
grande importance à l’étude. Financée par Cosme, elle est constituée du legs de
l’érudit Niccolo Niccoli.

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Après la bibliothèque, la cellule de Cosme le Vieux , avec sa représentation de « l’Adoration des Mages » de Benozzo Gozzoli, élève de Fra Angelico.
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Les bâtiments comportent également :
- un musée lapidaire
- un petit Réfectoire où subsiste encore la Sainte Cène que Domenico Ghirlandaio peignit à fresque en 1480.
Par V.king, Jeudi 10 Avril 2008 à 18:04 GMT+2 dans Pérégrinations (article, RSS)
. A titre personnel, j'aime beaucoup les oeuvres de Fra Angelico, qui sont d'une sobriété particulièrement émouvante, et même si je me suis fait un devoir de promouvoir les Ecoles du Nord (merci d'avoir noté que tout en Art n'a pas été inventé en Italie), elles me touchent beaucoup.
(je crois qu'il en reste 2 ou 3 grand max)



