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Le temps des gitans - L'opéra punk d'Emir Kusturica

 

 

 "Ederlezi" 

 

 La dramatique vie de Perhan,  fils naturel d'un soldat et d'une tsigane, qui rêve d'un avenir riche et heureux. Elevé par sa grand-mère qui l'adore, il aime sa voisine Azra, elle-même convoitée par l’oncle, sorte de géant libidineux qui loge également chez la grand-mère. Mais voilà que débarque Ahmed, celui qui a fait fortune et qui promet la lune. Obsédé par l’argent, son arrivée au village est vécue comme le retour de l’enfant prodigue…En réalité son business, digne de la cour des miracles, est un commerce de mendiants-truands rôdés de Ljubljana à Milan. Perhan repart avec lui vers la ville, à la merci de ce trafiquant d’enfant. Il reviendra au pays mais ne réussira pas à réaliser son rêve. Il tombera de très haut, le rêve européen est loin et demeure inaccessible. Les gitans sont condamnés à souffrir et à errer, mais dans la dignité.

Après un triomphe à l’Opéra Bastille l’été dernier, l’opéra punk d’Emir Kusturica, adaptation de son film éponyme, a joué les prolongations au Palais des Congrès de Paris du 22 au 30 mars 2008 avant son départ pour une tournée mondiale.

Dans le désordre : un troupeau d’oies effarées, des maisonnettes en bois suspendues au dessus du sol, des toits au gracieux vol de goéland, un dindon géant en carton pâte, des cathédrales gigognes, des caravanes maquillées comme des boulangères. Le tout en guise en de bienvenue dans ce monde bigarré qu’est l’univers tzigane.

 

 


De ces décors baroques, un peu fous, aux couleurs presque violentes et contrastées, se dégagent une énergie et une poésie rares : un joyeux bordel à l’image de l’âme humaine, un morceau de vie cru sans fausse pudeur où l’amour se heurte à la folie, à la peur, à l’exil, à l’avidité, à la distance. 

Le beau et le laid, le cruel et le poétique se rassemblent sous la lune en un moment de grâce tragi-comique, vol et assassinat côtoient les chansons d’amour. Les sentiments exacerbés propres à la vitalité tzigane sont rythmés par une musique exubérante et syncopée ou poignante à l’excès : tout un folklore qui dégage une puissance expressive et fait frissonner.

 


Un spectacle populaire qui outrepasse les barrières culturelles et véhicule un message politique sur l'idiotie des guerres, de la faiblesse des hommes, du néofascisme… les luttes inégalitaires sont perdues d’avance, mais l’homme résiste et combat avec courage. 

Enfin, figurent toujours au registre le superbe thème, majeur et récurrent dans l'œuvre, d'Ederlezi, scène phare du film et de cet opéra, d’une beauté époustouflante, moment d’une magie et d’une force lyrique qui provoque de ces réactions épidermiques que j’aimerais ressentir encore très souvent.

 

"Kana o del barvarel" 

  


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