
Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait le vœu insensé, le jour où son portrait a été peint, de garder toujours l'éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit son portrait où se peint l'âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : "Chacun de nous porte en soi le ciel et l'enfer."
Ce livre lui-même est double : il nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dans le brouillard et les vapeurs d'opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers.
Lorsqu'il parut, en 1890, il fut considéré comme immoral. Mais sa singularité est d'être un roman réaliste aussi bien qu'un roman d'esthète - fascinants, l'un et l'autre, d'une étrangeté qui touche au fantastique, au philosophique et au psychologique.
L'écriture est raffinée, élégante et tout le talent de Wilde a été d’évoquer l’homosexualité des personnages sans jamais la déclarer ouvertement. Il n’y a nulle part de déclaration d’amour entre les protagonistes, mais il y a partout des déclarations de jalousie. Et c'est cette homosexualité latente, nimbée de cynisme et accompagnée d'une critique acerbe de la société victorienne, qui a certainement fait qualifié ce roman d'immoral!!!
Les bons mots foisonnent, j'en ai retenu un : "On peut résister à tout, sauf à la tentation".
Un classique pas classique : j'adore.