Nocturne pour un seul majeur.
Il fait nuit noire.
Pas d’étoile ce soir, trop de brume.
Le froid humide tombe en nappes épaisses, pesantes et pénétrantes.
L’air frais me brûle les narines et cingle le lobe de mes oreilles qui dépassent pourtant à peine de mon bonnet enfoncé sur mon crâne.
Quelques cris d’oiseaux déchirent la nuit et ne trouvent que leurs échos qui s’amplifient dans le silence pour leur répondre.
Des arbres décharnés déchirent de leurs silhouettes squelettiques les vagues denses de brouillard, ils jalonnent mon chemin rendu inquiétant par cette haie d’honneur fantomatique qui semble m’épier : Terribles êtres à demi-morts qui veulent me saisir de leurs membres crochus, m’érafler de leurs doigts griffus. Sentinelles effrayante de cette cathédrale végétale dont la voûte ne laisse passer aucune clarté si minime soit elle pour orienter mes pas. J’ai quitté le chemin creux pour m’enfoncer dans les futaies où le brouillard se dilue, comme renonçant face à ce fouillis végétal inextricable.
Et tout parait calme et silencieux… D’un silence glaçant qui court le long de l’échine et me fait accélérer. Même mon bruit de pas est amorti par le sol. J’essaye de ralentir ma respiration pour me fondre dans le silence et rester à l’affût du moindre craquement. Un murmure quasi indistinct est pourtant perceptible, cyclique comme une respiration de bête monstrueuse, j’en frissonne d’anticipation.
Tout m’étreint et je me sens oppressé par la grandeur de ce monde en sommeil et ma manifeste insignifiance. Aucun refuge salvateur à proximité.
Encore ce murmure qui m’appelle, fil d’Ariane dans ce labyrinthe. Je trébuche sur les racines, glisse sur la boue et les feuilles en décomposition que mes pas légers déchirent en silence. Mes pieds tâtonnent mes doigts s’agrippent aux arbres anthropomorphes. Mon parcours est chaotique dans ce gouffre ténébreux, tel un papillon attiré par sa flamme je suis guidé vers la fragile et opalescente clarté qui a surgit devant moi au bout du goulet anxiogène. Je l’atteins pour m’apercevoir que le brouillard s’estompe, le murmure s’est enflé pour devenir un roulement sourd et régulier, coupé de cris rageurs. Sous mes pieds des cailloux et du sable grossier : La plage.
L’eau est brune, opaque, immensité remuante qui m’hypnotise par son chant rythmé. L’apathie me saisit quand je suis soudain aveuglé par une lumière vive. Très vive. Trop vive. Flash tétanisant qui blesse le papillon. Je titube sur mes jambes devant un géant blanc qui domine les eaux. Ce cyclope à l’œil lumineux m’étourdit, il me regarde et me rassure je ne suis plus seul. Et le souffle de la mer semble me parler, m’attirer hors de moi, m’aspirer….
Le brouillard se dissipe peu à peu, lentement, comme un coton déchiqueté en lambeaux, bribes de ouate arrachés à ma conscience qui se refuse à l’éveil….
Un médecin est face à moi, sa lampe braquée dans le blanc de mes yeux. Je suis allongé sur le sol.
Sa main est fraîche sur mon front, mais douce, si douce….
Par V.king, Lundi 19 Mars 2007 à 19:08 GMT+2 dans Mes mots à moi (article, RSS)




