Hans MEMLING
Hans Memling est né à Selingenstadt, près de Mayence. La date de sa naissance est sujette à discussion, on s’accorde à la situer entre 1435 et 1440. Rien de certain n'est établi sur l'artiste avant 1465, date à laquelle il acquiert à Bruges le droit de bourgeoisie pour vingt-quatre schillings. Sans ce droit il ne pouvait pas exercer son art. Il aurait été l'élève du célèbre Rogier Van der Weyden à Bruxelles (cet apprentissage, couramment admis du fait de certaines études stylistiques, n'est pourtant pas certain. On suppose que, son maître étant mort l'année précédente, Memling voulait créer son propre atelier), avant son arrivée à Bruges.
Le choix de cette ville est lié à l’absence de foyers picturaux importants en Allemagne (Cologne exceptée), à l’importance de Bruges, qui est alors la cité la plus dynamique et la plus peuplée (et ce jusqu’à ce qu’Anvers la détrône). Bruges est à cette date un centre artistique exceptionnel et cosmopolite. Considéré comme un grand maître dans sa ville d’accueil, Memling n’entre jamais dans la guilde, préférant rester indépendant. La personnalité de Memling se détache de celle de ses comptemporains très rapidement. L'artiste imite Jan Van Eyck dans la précison des reflets (sans toutefois atteindre la même perfection technique) et s'inspire de l'art plus narratif de Rogier Van der Weyden. La personnalité de Memling se caractérise par l'originalité de ses compositions religieuses et surtout par ses portraits. Memling, à l'image d'un enlumineur, a le goût de la décoration. Rigoureusement symétriques, ses oeuvres invitent l'oeil à lire successivement de multiples scènes remplies de détails selon les règles de la préciosité déjà chères à Jan Van Eyck.
Exceptionnel dessinateur, l'artiste excelle particulièrement dans le domaine des portraits où il réalise les créations les plus fortes de son oeuvre. A l'époque, les portraits sont souvent composés en diptyques. Le "Diptyque de Maarten Van Niewenhove" reprend le dispositif d'une Vierge à l'Enfant sur le panneau de gauche et du donateur sur celui de droite. L'homme en prière devant son missel est représenté de trois-quart, tourné vers la Mère du Christ avec pourtant le regard fuyant. En haut à gauche, sur le lumineux vitrail, Saint-Martin, patron des donateurs, domine la scène, l'épée à la main. Sur l'autre panneau, la Vierge est représentée de face. Les deux espaces ne sont en fait qu'un seul et même lieu. En effet, derrière la Vierge, un miroir reflète le portrait du donateur, attestant de sa présence dans la salle. Par ce détail de pure géométrie, Memling trace une ligne entre le monde divin et celui des humains.
Lorsque Memling entreprend un portrait, il choisit minutieusement la pose de la tête, du corps et des mains. La personnalisation intervient dans les phases ultimes de la réalisation. Les ressemblances ne sont retravaillées qu'à la fin.
Les rayons infrarouges ont livré quelques secrets sur la technique employée par l'artiste. Dans ses premiers portraits, il esquissait méticuleusement son sujet à l'aide d'une peinture noire. Au fil du temps, il trace des croquis sur la toile à la pierre noire. Son geste devient de plus en plus fougeux et sommaire. Les parties du visages sont travaillées au blanc de plomb qui confère au portrait une grande luminosité.
Le résultat est lisse et d'une grande fluidité. Memling gagne en maturité et en assurance : son approche de la peinture est plus vive, libre et audacieuse. Mais la part de mystère réside dans les modèles eux-mêmes. Les protagonistes, songeurs, interpellent les spectateurs. Les effets de présence sont révélés par des regards embrumés et vagues, réticents à affronter notre propre regard. Les mains ont également une grande importance. Elles révèlent les impatiences des hommes car elles sont l'expression des visages inexpressifs. Appuyées sur le cadre, sagement posées sur un rebord, parfois crispées ou jointes en signe de recueillement, les mains nous éclairent sur l'état d'esprit des personnages, entre résignation et apaisementLe portrait individuel est à cette époque un genre pictural encore neuf. L'artiste fixe ici des règles qui resteront valables jusqu'à la photographie du début du XXème siècle.
Par V.king, Jeudi 1 Fevrier 2007 à 15:38 GMT+2 dans Galerie idéale (article, RSS)
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