En passant par la Lorraine...Marsal
Comportant des marais salés fort appréciés, le Saulnois concentre de formidables réserves d'eau salée, provenant d'une longue évolution géologique entamée voilà des millénaires. Prenant rapidement la mesure du site et du potentiel salin, les premiers saliniers l'ont, par la technique de cuisson de la saumure, communément appelée " briquetage " (une série d'ateliers de sauniers qui exploitaient les sources salées de la vallée par un processus de bouillissage de la saumure, une fois le sel cristallisé, on cassait le briquetage pour récupérer le pain de sel).
L'assèchement des mares salées résultant du " briquetage " a engendré la naissance de Vic-sur-Seille (Vicus Bodatius), Moyenvic (Medianus Vicus) et Marsal (Marosalum), ce nom est attesté sur la stèle érigée par les Marsalais en l'honneur de l'empereur Claude en 44, et qui témoigne de l'existence du village et d'une aisance certaine des habitants.
Mentionnées dans les archives monastiques dès le VIIe siècle, les salines de Vic-sur-Seille, Moyenvic et Marsal sont alors sous la coupe des souverains mérovingiens qui exploitent les réserves salifères à leur seul profit. Rapidement, ils accordent des concessions aux ecclésiastiques. Correspondant à une phase dite domaniale ou monastique, cette période voit les établissements religieux jouer un rôle majeur dans l'extraction et le commerce du sel. Les différents ordres religieux lorrains ont rapidement prit la mesure des réserves salifères du Saulnois. Ces salines vicoises sont particulièrement choyées tant leur exploitation devient une vraie manne financière.
Dès le XIIIe siècle, Marsal devient une véritable ville fortifiée avec ses remparts construits par les évêques de Metz pour défendre la ville et surtout protéger le sel qui a suscité la convoitise des Ducs de Lorraine, puis de rois de France. Au XVIIéme siècle, Vauban les a détruit et a reconstruit ses remparts en étoiles, caractéristique!! Dernier vestige quasi intact des fortifications de Vauban, la porte de France est un monument historique de Marsal. Elle est placée à une des 4 entrées du village. Au Moyen-Age , il n'y avait que deux portes , celle de Bourgogne à l'est et la porte de France à l'ouest . En arrivant vers la Porte de France vous pourrez voir la buanderie royale. A gauche se trouve le corps de garde et un cachot , au dessus , un pavillon d'officier et la prison militaire . Au Moyen-Âge la porte de France servait de refuge aux habitants de Marsal, elle abrite désormais au premier étage le musée du Sel.
Ce musée permet de découvrir l'histoire du sel et de sa récolte depuis l'Antiquité. Différentes salles abordent chacune un aspect de l'"or blanc": histoire et archéologie, physique-chimie et géologie, techniques d'extraction et d'exploitation, applications et utilisations, et enfin influence dans l'histoire des hommes. Il évoque également l'histoire de Marsal, ancienne place forte dont l'importance stratégique évolue au cours du temps. Les richesses du Musée : des vestiges archéologiques, un reliquaire du XIVème siècle, une Vierge ouvrante du XIVème siècle, des témoignages de la vie quotidienne, une collection originale de salières. Recemment, des tombes et des monuments funéraires des "maîtres du sel", (qui exploitaient les sources salées de la vallée de la Seille aux époques celtique et gauloise) ont été mis en évidence à Marsal. Cette nécropole, qui s'étend sur 1,5 km, comprend notamment cinq sépultures des VIème et Vème siècles, dont certaines contenaient des éléments de parure en or. Ce groupe de tombes est associé à des enclos funéraires datant de la période gauloise IIIème et II ème siècles avant J-C. La découverte a été réalisée dans le cadre d'un programme de recherche international dit du "Briquetage de la Seille", considéré par la communauté archéologique internationale comme l'un des sites majeurs en Europe pour la production pré-industrielle du sel aux époques celtique et gauloise.
En sortant du musée l'impression de faire un bond dans le temps m'asssaille, si ce n'était la présence de voitures pour me ramener illico au Xxème siècle.... Devant moi se dresse la collégiale Saint Léger de Marsal , église dédiée au culte catholique romain. (Une collégiale est une église qui a été confiée à un chapitre collégial, c'est-à-dire une réunion de chanoines qui se tient ailleurs qu'au siège épiscopal). Cette belle église, initialement romane, date du XIIème siècle, a connu plusieurs modifications importantes jusqu'à nos jours. L'abside gothique à cinq pans date du XIVème. Le style roman on le retrouve essentiellement par la forme extérieure massive, la hauteur limitée de l'édifice, le porche en arc de flanqué de deux tours carrées surmontés de clochers peu pointus : On y est, tout est là !!
A la gauche de l'autel cette vierge à l'enfant de pierre se dresse dans la pénombre, belle de toute sa simplicité. Même le manque de lumière (malgré le rajout de grandes baies dans le mur du bas-côté nord), qui en cette fin d'après-midi, comme un appel à la méditation et au repli sur soi, incite encore plus au silence respectueux et craintif dans ces lieux habités de ses seuls gisants.
Vous êtes devant la représentation du comte de Salm (mort en 1292) et de sa femme, Lorette, dame de Puttlingen (Sarrland), fille du comte de Blieskastel, enveloppes minérales de marbre blanc des époux défunts réalisés au XVIème siècle (qui se trouvaient dans l'abbassiale de Salival et ont été déplacés dans la collégiale de Marsal lors de la destruction de cette église en 1822).
Ce petit village qu'on dirait perdu au bout du monde, compte encore dans des états divers et variés un ancien hospice, la maison du Gouverneur (de la saline), son arsenal, un pavillon de Bourgogne, une maison du Chapitre, un couvent de Capucins (transformé en magasin par la suite) et une chapelle de la confrérie des bouchers.
Le soir tombe, l'humidité de l'air ambiant pèse sur les épaules, il est tant de repartir rejoindre le monde moderne.
Par V.king, Vendredi 24 Novembre 2006 à 23:22 GMT+2 dans Pérégrinations (article, RSS)





