Une nuit à l'hotel Biron
Je le fais aujourd'hui puisque qu'après avoir ruisselé sur mes joues, l'eau a coulé sous les ponts, que les ponts se sont rompus, que nos rives se sont trop éloignées et que nos horizons diffèrent définitivement.
Point final.
J'ai profité, en ce mois de mai 2006, de la nuit des musées pour revisiter le musée Rodin, mais cette fois ci en nocturne.
La foule était nombreuse, l'animation artitisque bidon et sans rapport avec les oeuvres du maître mais l'essentiel n'était pas là.
Quel bonheur de gouter ses oeuvres alors qu'au dehors il fait nuit et que le dome des Invalides veille sur le beau jardin de l'hotel Biron.
Il fait doux en cette nuit de mai, les amoureux se tiennent par la main, se chuchotent à l'oreille, rient de concert dans le creux du cou et déambulent au chiche faisceau d'une lampe frontale.
Je redeviens un gosse, la chasse au trésor consiste à trouver les scultpures éparses du jardin, cachées dans les replis sombres du manteau vespéral.
Cette ambiance nocturne tend à m'attirer vers la demeure d'artiste au charme unique où il fait bon flaner.
La foule s'est déplacée en masse pour s'enivrer les sens, plaisir visuel exacerbé par la sensualité des corps prisonniers de la matière, plaisir tactil stimulé par l'interdit.Telle cette petite fée des eaux, ondine aguichante, accroupie dans sa vasque, croupe tendue, comme une promesse aux mains du visiteur, qui doit se faire violence pour ne pas caresser la tentante ondulation.
Dans la même salle, je tombe littéralement en arrêt devant ce marbre qui semble venir de Carrare.
Ces mains, que j'imagine amantes, je ne sais trop pourquoi où je ne le sais que trop, semblent à la fois vivantes et mortes.
Figées dans leur amour perpétuel, isolées du corps et du monde matériel, elles se tiennent et se caressent dans un repos éternel.
Les miennent me démangent, j'ai l'envie de récupérer en les touchant un peu de ce lien intemporel que je n'ai pu goûter avec LUI.....
A cet instant, IL est si proche physiquement. Mais le seul lien qui nous reste n'est déjà plus que visuel et pour très peu de temps encore.
Je vais errer dans les salles qui bruissent et sur les parquets qui craquent jusqu'à la fermeture. Comme en attente d'une promesse de retour en arrière.
Je repasse ces souvenirs dans ma tête, accompagné par un sourire devenu trop rare, voire inexistant.
Je vais rendre un dernier hommage au bronze géantin, pensant sans cesse et semblant porter le poids de sa vie, de ses remords et ses regrets.
Je suis lui, seul dans cette dernière nuit, des touristes rient et se pavanent à ses pieds sans remarquer toute cette concentration faite de tristesse et de solitude.
Je me suis effacé sur ces impressions. Au bord de la rupture avec moi-même, la cission des coeurs a été irrémediable.
Par V.king, Mercredi 13 Septembre 2006 à 22:11 GMT+2 dans Pérégrinations (article, RSS)




