Mercredi 19 Octobre 2011
Noyade interdite
Il y a quelques temps déjà, je me faisais ce constat doux-amer : Sans être un ange, on peut être déchu.
Avec l’habitude, il y a des choses que l’on voit venir. Une attente redoutée. L’effet de surprise s’en trouve, certes, anesthésié, mais la piqure de rappel n’en reste pas moins douloureuse… surtout quand on s’attache à sa "maladie" !
Des attentions perdues au fil du temps, qui n’est pas si éloigné du point de départ pourtant. Des gestes automatiques, plus fraternels, moins chaleureux, plus distants. Des baisers attendus en vain ou donnés du bout des lèvres, presque contraints, sans passion, comme des mots doux absents ou restés coincés dans la gorge. Les corps s’écartent et les regards s’évitent.
Oui les mots changent, se durcissent, s’hérissent peu à peu, comme une palissade s’érige en défense acérée. Des mots de fer sans plus aucun velours autour, qui échappent à tout contrôle. Et puis la froideur latente, un début d’indifférence et un rien, ou un peu, d’agacement. On se voile la face, on fait front, on trouve des excuses, de peur d’ouvrir les yeux malgré les signes indubitables. On aime dorénavant plus l’idée d’être en couple, qu’on aime l’autre.
Et l’amour dans tout ça ? Il devient évanescent, il s’évapore jusqu’à embuer les yeux : Le sentiment que l’on pensait solide se transforme inévitablement en liquide sous l’effet diluant du temps. Comme une loi invariable de la nature qui ne serait apprise d’aucun manuel. Et l’amour n’est plus qu’un lointain souvenir, un parfum qui se dissipe, qui vous tourne encore autour sans plus pouvoir se fixer sur une peau à qui il manque déjà, trop nue et désemparée pour vivre sans.
Tout a commencé l’an dernier, un matin d’avril, où, presque en retard et après qu’une course dans la douche, un saut dans les fringues et un café brûlant aient peiné à dissiper le brouillard cérébral matinal. Une consultation confiante et rapide des mails….Le message est là. D’une confondante évidence, il a l’effet cinglant du couperet ou le claquement d’un fouet, c’est selon… vos préférences masochistes. Mon mec me quitte pour le fallacieux prétexte qu’il n’éprouve désormais plus qu’un sentiment amical à mon égard et préfère mettre un terme à notre relation…par mail. C’est tellement plus moderne, mais surtout plus lâche de ne pas avoir à affronter le regard de l’autre.
Ils sont passés vite les quatre mois avec lui. On a vu Lisbonne comme une lune de miel et Barcelone en guise de lune de fiel. Un de perdu… Je pensais que c’était le moment idéal de faire une véritable pause dans ma vie sentimentale. Il me semble loin le temps de ma conception de l’amour façon cliché cinématographique de midinette ! J’espérais alors trouver mon preux chevalier en armure sur son fier destrier…Résultat, j’ai plus souvent servi de monture que je n’ai croisé de chevalier ! Chaque rencontre s’avérant être un galop effréné contre la solitude.
Je ne savais pas qu’à la trentaine passée, sans quasiment aucune expérience sentimentale et sexuelle, on ne pouvait pas débarquer, dans cet univers impitoyable de « piétineurs » de fleurs bleues qu’est le monde homosexuel sans se faire désarçonner brutalement !! Yeehaww !
Non je ne me résous toujours pas au cynisme…Quoi que ! Je m’interdis juste de dépenser de précieuses larmes pour ce genre de futilités. Chaque rupture devient un au revoir sur un quai de métro : On se quitte vers des directions opposées, le regard un peu triste sur un pauvre sourire, chacun de son côté d’une vitre sale. Un soupir, presque réprimé, mais la digue lacrymale ne cédera pas. Tout juste un petit nuage noir au-dessus de la tête, soudain bien vide de pensées cohérentes, mais garder, à tout prix, la placidité d’un lac sous ces humeurs diluviennes.
J’enfile rapidement mon blouson et file au boulot. L’auguste escalier de bois aux marches usées par les passages répétés des locataires du 16 rue Mary Stuart, manque de m’assassiner. Il est intraitable avec les têtes en l’air qui manque d’attention à son égard. Allez respire mon grand, il fait jour déjà. Dans ce genre de configuration je monte le son de mon lecteur mp3 en prenant soin d’avoir choisi les chansons les plus tristes et déprimantes qui soient. Je dois dire qu’à ma grande fierté je possède une belle collection de ces rengaines sombrement mélancoliques, propices à vous jeter d’un pont sans même enjamber le parapet.
Vas-y Sia, murmure moi ton « breathe me » dans les oreilles, véritable Placebo qui, bizarrement, en adoptant une rythmique proche de celle de l’organe endolori, provoque un bien-être en réaction inverse ; ou comment détourner une peine de coeur par les émotions d’une chanson spleenétique à souhait. Tant que cela fonctionne, j’use du filon jusqu’à l’épuisement.
Des camions de livraison et quelques courageux s’élancent déjà sur les pavés gras de la rue Montorgueuil. Ils ne font jamais attention à ma modeste personne. Aujourd’hui n’y dérogera pas. Je ne suis qu’une ombre rasant les murs, les yeux rivés au sol.
Je me dis que j’ai longtemps voyagé au gré de mes envies sur mon nuage doré, isolé et bien à l’abri. Tout semblait si joli, si gentil, naviguant éveillé de rêves en rêves pour m’halluciner et y croire encore et toujours. J’ai inlassablement refusé de me blaser, espérant garder une certaine fraicheur d’esprit et une capacité à m’émerveiller, parfois digne d’un candide. Mais je n’ai jamais d’emblée fait confiance à ces trop beaux inconnus qui ont voulu stopper ma course effrénée vers l’inconscience, défiant effrontément mon âme constamment inquiète et sujette aux pires angoisses. J‘ai avancé sur mon chemin, le plus droit et digne possible. Trop peut être ?
J’ai beaucoup douté du bien-fondé de mon mode de fonctionnement, toujours en mouvement… au risque de faire de la remise en question une seconde nature et dérouter mes proches par une instabilité manifeste et souvent improductive. J’en ai rencontré de ces mecs aux discours bien rodés, qui ont exalté mes rêveries avec les mots que je voulais entendre. Ceux-là m’ont vu venir. Débarquant fraîchement de ma planète, ils ont joué de ma crédulité, comme un chien avec son os. Ils se sont fait plaisir, exacerbant en le flattant leur sentiment de supériorité. J’ai été trop souvent une victime consentante, exposant systématiquement le flanc au même stéréotype.
Le nuage s’est crevé : Retour sur terre. J’avance coûte que coûte vers un avenir que je souhaite toujours meilleur. Je crois encore avoir des certitudes sur la vie, malgré les routes tortueuses sur lesquelles elle s’ingénie à nous jeter…Je reste un bon petit soldat marchant au pas cadencé sur mon parcours jonché d’obstacles. Si le mur semble infranchissable, il sera contourné. Si la fosse est trop profonde, je m’y écorcherai les mains pour en sortir, ou à défaut, je prendrai la main charitable qui voudra bien se tendre. J’ai beaucoup changé en très peu de temps, et j’ai pris conscience que l’amour est bien souvent le révélateur de nos faiblesse et de nos illusions.
Paris peint des grisailles en son ciel ce matin là. Mon seul rempart contre cette froide bruine est un parapluie chétif qui semble agoniser sous les assauts répétés de rafales facétieuses. Un virage bien négocié à l’angle du Grand Rex et je me laisse avaler par le métro. Surchauffe et habituelles odeurs ammoniaquées, aujourd’hui m’indifférent.
Ligne 8 : Station Bonne Nouvelle, terminus Balard. Je m’assieds à côté d’un jeune gars au look de banlieue qui somnole. Je me demande par quelle magie son pantalon tient sur son magnifique arrière train quand il descend à la station suivante. Face à moi, je ne peux éviter de dévisager une trentenaire vaguement blonde, vaguement mince, vaguement mignonne. Un ravissant bibi mauve vissé sur le crâne, elle m’observe par en-dessous, les yeux émergeant à peine du couvrechef. Je ne me pose même pas la question de savoir si elle a remarqué mon attention appuyée sur les fesses charnues qui viennent de quitter la rame, ça m’est égal. Gênée par mon regard scrutateur, elle émet un bâillement de contenance, laissant admirer à qui veut le voir, un superbe plombage sur la molaire inférieure gauche ; puis tousse bruyamment, ses mains n’esquissant même pas un mouvement de pure politesse, restent enfoncées dans les poches bordées de fourrure synthétique, façon yorkshire mal peigné, de son long manteau d’un si joli violet bien criard. J’en viens à imaginer une petite annonce en la regardant : « jeune fille aimant le violet, les petits chiens et les chapeaux ridicules (et non pas, violer les petits chiens ridicules, so chic !), souhaiterait partager miasmes et postillons dans le métro »… Je me contente de lui lancer un regard que je veux impérieux. Un sourcil surélevé en accent circonflexe, je souhaite ainsi marquer de façon ostentatoire mon mépris, voire du dégoût. Sans aucun effet bien évidemment. Pourtant cela fonctionne avec les élèves.
Vous l’ignorez encore, mais j’occupe un poste administratif dans un collège. « Balard, terminus, les voyageurs sont invités à descendre. La descente s’effectuera sur votre droite »
Arrivé au collège, l’infirmière, dont la seule préoccupation quotidienne semble être de vérifier la présence sur mon visage, d’un bouc, que je me plais à laisser pousser ou raser à l’envie, est déjà campée dans le hall, l’oreille à l’affût du moindre potin à répéter à qui voudra bien l’entendre. Un petit coucou à la gardienne. Enfin un visage qui sourit, je me dis que tout n’est pas perdu en ce funeste début de journée.
L’impression est vite retombée sur le bonjour sec et cassant de la chef qui semble encore mal lunée. J’affiche en retour un flegme tout britannique, osant espérer qu’une telle imperturbabilité face à une aussi évidente mauvaise humeur, fera effet miroir. Je m’évade en pensant à ma couette protectrice que j’ai trop tôt abandonné et au café que j’aurais pu prendre le temps de siroter.
La sonnerie retentit et les cris des adolescents aux voix suraigües résonnant dans les couloirs me rappellent à l’ordre. Il suffirait désormais pour que le début de journée tourne au fiasco, d’un appel téléphonique de parent d’élève, surexcité par les dysfonctionnements chroniques de l’institution, qui s’évertue à ne pas reconnaitre l’indéniable génie de sa progéniture car son potentiel intellectuel est systématiquement dévalorisé ; ou alors, bien pire, d’une demande impérieuse d’un professeur, pouvant se transformer en furie si vous ne lui répondez pas, dans la minute qui suit, et ce, quitte à raccrochez au nez de votre interlocuteur quel qu’il soit, pour satisfaire au moindre de ses désirs d’enfant capricieux, (heureusement, ils ne sont pas tous comme cela, et oui, certains ont conscience que je ne suis qu’un pauvre secrétaire mono tâche !).
Le midi c’est cantine. Dans le bruit des vociférations juvéniles. Je préfère le réfectoire à la salle à manger des profs, qui s’empressent toujours de vous assaillir de question comme si vous aviez agenda, ordi, papier et stylo, constamment sur vous. Bien évidemment que je connais par coeur l’emploi du temps de tous les personnels de l’administration pour les quatre semaines à venir monsieur le professeur agrégé d’éducation musicale !
Ce jour là, je vais déjeuner avec l’intendante quand une brunette et une blondinette de troisième, sapées en « fashion » victimes, suivies de deux garçons aux faciès bourgeonnants s’installent à la table d’à côté. Aussitôt, les deux pestes commencent à passer en revue les tenues des filles de leur classe, pour en arriver à une dénommée Tania, qui s’habillerait chez Emmaüs, ce qui à leurs yeux semble trop la honte : Bienvenue dans le monde impitoyable des ados.
Malgré cette animation involontaire, la nourriture ne passe pas. Un noeud énorme m’obstrue l’estomac.
Je décide de retour au bureau d’appeler Stef, mon meilleur pote, pour lui apprendre la nouvelle du jour. Il essaye tant bien que mal de positiver la chose en se concentrant sur les défauts de l’absent. Il me parle pour la première fois d’un site sur lequel il est inscrit depuis quelques mois et me conseille de l’y rejoindre. Je refuse. J’ai besoin de temps et n’ai aucune envie de voir des têtes nouvelles.
Pendant quatre jours, indépendamment d’une volonté réellement consciente, je continue à ne pas pouvoir avaler le moindre aliment solide… Tout à coup, c’est la nuit noir.
Pas d’étoile dans le ciel, car trop de brume. Le froid humide me brûle les narines et cingle le lobe de mes oreilles qui dépassent à peine du bonnet bien enfoncé sur mon crâne.Quelques cris d’oiseaux déchirent la nuit et ne trouvent pour leur répondre que leurs échos qui s’amplifient dans le silence. Des arbres décharnés éventrent de leurs silhouettes squelettiques les vagues denses de brouillard. Ils jalonnent le chemin rendu inquiétant par cette haie d’honneur fantomatique qui semble m’épier : Terribles êtres à demi-morts qui veulent me saisir de leurs membres crochus, m’érafler de leur doigts griffus, sentinelles effrayantes de cette cathédrale vivante dont la voûte ne laisse plus passer aucune clarté pour guider mes pas.
J’ai quitté le chemin creux pour m’enfoncer dans les futaies où le brouillard se dilue quelque peu, comme renonçant face à ce fouillis végétal inextricable. Tout parait calme et silencieux, de ces quiétudes accablantes et glaçantes qui font courir des frissons le long de l’échine et me font inconsciemment accélérer. Même mon bruit de pas est amorti par le sol. J’essaye tant bien que mal, de ralentir ma respiration pour me fondre dans le silence et rester aux aguets du moindre craquement de brindilles.
Un murmure quasi indistinct est pourtant perceptible, cyclique comme une respiration de bête monstrueuse. J’en frémis d’anticipation. Tout m’étreint et je me sens oppressé par la grandeur de ce monde en sommeil et ma manifeste insignifiance. Aucun refuge salvateur à proximité. Encore ce murmure qui m’appelle, véritable fil d’Ariane dans ce dédale obscure. Je trébuche sur les racines, glisse sur la boue et les feuilles en décomposition que mes pas déchirent sans bruit. Mes pieds tâtonnent, mes doigts s’agrippent aux arbres anthropomorphes. Mon parcours est chaotique dans ce gouffre ténébreux. Tel un papillon attiré vers sa flamme, je suis guidé vers une fragile et opalescente clarté qui a surgit au loin devant moi, au bout du goulet anxiogène.
Le murmure s’est enflé pour devenir un roulement sourd et régulier, coupé de cris rageurs. Sous mes pieds, des galets et du sable grossier : Une plage. L’eau est brune, opaque. L’immensité remuante m’hypnotise par son chant syncopé. L’apathie me saisie quand je suis soudain aveuglé par une lumière vive. Très vive. Trop vive. Flash tétanisant qui blesse le papillon.
Je titube sur mes jambes devant un géant blanc qui domine les eaux. Ce cyclope à l’oeil lumineux m’étourdit mais son regard me rassure : Je ne suis plus seul.
Et le souffle de la mer semble me parler, m’attirer hors de moi, m’aspirer doucement. Les ténèbres se dissipent peu à peu, lentement, comme un coton déchiqueté en lambeaux, bribes de ouate arrachés à ma conscience qui se refuse à l’éveil. Le médecin scolaire est face à moi, sa lampe braquée dans le blanc de mes yeux. Je suis encore allongé.
Il est temps d’arrêter les conneries et de reprendre pied, quitte à forcer ce corps qui me joue de tours.
Trois mois plus tard...
Trois mois à chouchouter la grisaille qui m’envahit, nouvelle conversation. Nouvelle sollicitation de la part de Stef. J’essaye mollement d’argumenter, car la rupture ne me semble pas totalement digérée. Elle reste comme une aigreur sur l’estomac.
J’aurais juste aimé clarifier certaines choses, lui claquer à la face tout ce qu’un mail ne peut exprimer. Je me retrouve un peu comme un bateau ivre, naviguant sans amers sur ce silence que l’autre m’a imposé. Déboussolé, j’ai perdu mes repères, écrasé par ce qui m’apparait comme de l’indifférence, voire du mépris. Pourtant, je m’étais exposé à lui comme un homme. L’âme à découvert, corps et coeur à nu, sans artifice. Je lui ai confié mes secrets, mes rêves les plus intimes, mais la réalité est implacable : Le lien est rompu.
Je me suis un peu trop laissé dériver au gré des courants variables de ma douce mélancolie, sans toutefois m’autoriser la noyade. Je me suis retranché sur une plage de solitude pour caréner, réparer les dégâts du naufrage et m’ancrer dans une nouvelle réalité. J’ai laissé le temps à l’oeuvre, car les amarres amères ne sont pas bonnes conseillères. Une fois de plus (une fois de trop ?), j’aurai dû me méfier quand je l’ai rencontré. Je n’ai écouté personne, fonçant toutes voiles dehors droit dans ses filets, inexorablement attiré par ce chant de sirène.
Ah que de douces paroles pour faire l’acquisition à moindre frais d’une marionnette à désarticuler, de celle qu’on exhibe fièrement en société pour sauver les apparences et jouer, comme les autres et pour un temps, la comédie du bonheur partagé ! Naïvement, j’ai cru pouvoir vite pardonner, mais je me suis retrouvé à me ronger devant son évidente lâcheté. Je me suis résolu à m’endormir dans la seule chaleur de mes draps, du vide dans le coeur et entre les bras. Il est bien temps d’oublier les promesses magiques faites sur l’oreiller d’un amant subitement amnésique.
Adieu nuits blanches, matins blêmes et teint de cendre. « Zelink » (c’est le nom du site) me voilà !
Ce sera l’outil pour retrouver une estime et une confiance en moi défaillantes, assiégées par les doutes et cernées d’échecs induits répétitifs. Finie la langue de bois, sous couvert de politesse, fini d’écouter les jugements sévères, hâtifs et injustes, les péroraisons pontifiantes, les élucubrations bancales de branleurs fort en gueule mais, pas en thèmes !
Le site est convivial, se veut ouvert car L.G.B.T., et n’est pas un site de rencontres, m’assure mon ami, ce qui me convint définitivement. Je dois bien avouer qu’à ce moment là, je me demandais quand même si cette idée était judicieuse.
La veille encore, en rentrant de boîte, ou plutôt le matin très tôt, quand l’aube parvient à peine à pâlir le ciel… Les rues étaient désertes, vidées des noctambules, une fois passées les grandes avenues. Je suis sorti pour faire plaisir à des amis et je suis rentré seul. Le rituel reste quasi immuable. Les années passent mais certaines habitudes ne varient pas. Mains dans les poches, la tête rentrée dans les épaules. Mes vieux démons sont là. Ils me harcellent alors que je croyais de nouveau être prêt à affronter le monde.
Ils sont revenus à mes côtés, plus brûlants et actifs, plus vifs que jamais. Leur feu me consume d’une ardeur nouvelle et marque mon esprit au fer rouge. Réduit en cendres, le peu de confiance regagné ! Ils ont rarement été aussi présents, aussi cruellement présents.
A trop vite vouloir de nouveau afficher un bonheur de vivre, à feindre le bien-être, j’ai réveillé la bête. Oui il est tard, je me sens moche et puis quoi ? Je ne vais pas de nouveau me laisser bouffer par ce dragon de laideur imaginaire ? Ce serait accorder trop d’importance aux piques acérées et perfides de certains mecs dont les seuls centres d’intérêt sont un tour de taille et une plastique irréprochables. Ils sont finalement plus malades que moi !
Oui il est temps de rencontrer des gens plus simples, plus modestes, moins futiles. Des gens avec qui échanger vraiment, des personnes enrichissantes.
Ils ont du me prendre pour un sauvage les premiers « zelinkiens » qui m’ont aperçus ! Le premier apéro venu, je me suis contenté de coller aux basques des deux seules personnes connues, puis liant connaissance avec une jolie demoiselle, aussi peu extravertie que moi, j’ai passé une heure à discuter, verre à la main, sur le trottoir du bar, foule oblige, coincé entre deux voitures. Le déclic est venu au moment de partir, d’un garçon moins timide et qui m’ayant reconnu, m’a simplement dit : « Tu pars déjà ? ». Du rouge jusqu’aux oreilles, de devenir ainsi le centre d’attention d’une dizaine de personnes, j’ai juste promis de revenir une autre fois. Sans cette main tendue…
J’ai ensuite enchainé divers événements. D’apéros en pique-niques estivaux, de séances de cinéma en restos conviviaux, petit à petit, j’ai commencé à me sentir chez moi, au milieu des autres et à vraiment aimer Paris.
Passé les premiers moments de réelle intimidation, j’ai même réussi à plusieurs fois à aligner trois mots devant le créateur du site (appelez le, « the Boss » !). J’ai du passer pour un demeuré je pense, tant il m’impressionnait ! Bref, même seul, elle me semble bien loin la rupture. La solitude a pris un goût bien plus savoureux depuis qu’elle est partagée de cette manière, et émaillée d’instants de discussions, de rires, voire de fous rires. Les affinités se créent, et je m’aperçois que sans cette attente amoureuse, et sans désir envers les autres, la vie est bien plus simple.
L’apéro de novembre à la thématique des années 80 se profile donc sous les meilleurs auspices.
A peine arrivé, Stef, toujours lui, me colle entre les pattes, un nouveau dont c’est le premier apéro, et s’en va tranquillement rejoindre un petit groupe attablé plus loin. J’engage la conversation avec le charmant jeune homme, et de fil en aiguille, nous restons pendant plus d’une heure à discuter, accoudés au bar, seulement dérangés par le va-et-vient incessant de buveurs assoiffés venant passer commande.
Un de ceux-là, yeux clairs et sourire dehors, force le passage de manière plus répétée que les autres. Je me dis qu’il doit être le serveur attitré de la table de Stef ou un alcoolique patenté ! Certes il n’est pas brun, il n’a pas les yeux noirs, pas ténébreux pour un sous, mais…tout s’est déclenché avec des silences et des regards jetés à la va-vite. Un semblant d’indifférence, bien vite remplacé par un intérêt discrètement marqué.
Il a ensuite profité d’un regroupement de deux ou trois personnes venues me décramponner gentiment du néo-zelinkien, pour participer à la conversation. Je ne savais rien de lui, juste qu’il avait de magnifiques yeux, d’un bleu glacier, profonds, limpides, hypnotiques et remplis de douceur.
Je ne me rappelle pas vraiment qui à commencer à discuter en premier sur le site après cet apéro, mais qu’importe ! Nous nous réjouissions de nous revoir et faire connaissance dans un lieu plus propice à la conversation et à la découverte, lors d’un week-end organisé dans une maison de famille perdue dans la campagne picarde, auquel nous devions tous deux participer. Arrivé sur place le vendredi soir, j’ai découvert avec curiosité ce petit nid douillet. J’ai pris mes marques et déclenché les premiers fous rires avec mes calembours débiles lors d’apartés mémorables en cuisine.
Le samedi matin, j’étais de nouveau en cuisine pour cette fois ci oeuvrer aux fourneaux, avec pour mission de faire assez de quiches diverses et variées, pour nourrir quarante personnes ! Autant dire que l’arrivée du fameux « iceberg » dans la matinée m’est passée bien loin du neurone. L’après-midi, comme par hasard, nous nous sommes retrouvés côte à côte lors d’une partie de cartes, où j’ai feint de ne pas sentir ce genou contre le mien. Le manque de place autour de la table étant le prétexte à la promiscuité.
Après un diner pantagruélique, place à la soirée dansante déguisée : Les hommes en femmes, les femmes en hommes. Nous avons été les deux derniers à nous grimer, lorgnant de façon timorée vers les robes amenées par les participants. Pour lui comme pour moi, ce fut notre premier travestissement ! Mais le ridicule de la situation ne nous a pas tués et le rire nous a rapprochés.
Oui, cette nuit-là m’a doucement mais fermement amené à lui. Nous nous sommes tournés autour. L’un et l’autre aussi peu sûrs de la démarche et de l’écho rencontré. On s’est sourit, on a beaucoup rit de concert, parlé, bu du champagne, dansé. Les regards se sont faits plus complices, plus explicites peut-être aussi. J’ai cherché son contact, et feignant la fatigue, j’ai posé ma tête sur son épaule. Je l’ai senti surpris mais ravi par cette acceptation d’intimité. Puis les mains se sont cherchées pour se frôler, se sont serrées, se sont déliées, se sont touchées encore, sevrées d’une peau juste trouvée et déjà trop tôt quittée. La piste de dance s’est vidée. Nous étions seuls dans un canapé, mais cette nuit là s’est terminée sans aller jusqu’au bout. J’ai apprécié l’élégance du geste, comme une promesse de tendresse.
Sourires béats, chacun de son côté, faute de trop peu d’intimité et avec une énorme envie d’aller à un rythme respectant celui de l’autre, mais l’esprit déjà tourné vers les lendemains…
Pendant longtemps, je n’ai pas su dire je t’aime...
Pas prévu dans mon mode d’emploi. Vague notion inutile pour une vie amoureuse désertique mais juste riche en relations humaines. D’occasions en actes manqués, de silences prolongés en anges qui passent plus ou moins vite, un seul aura su fendiller la cuirasse. Le gardien de mes premiers doutes révélés, devenu très vite un confident et mon meilleur ami. Il est celui qui m’a aidé à transformer le négatif d’une vie en cliché coloré, par un je t’aime amical…un je t’aime quand même !
Pourquoi dire, prétendre, affirmer, ce que des actes quotidiens peuvent mieux transcrire que des mots ? Je n’en comprenais pas l’utilité. Ces mots si simples, si pleins et entiers, qui gonflent le coeur et marquent la peau, jusqu’au jour où l’amour se tait, n’est plus ce qu’il était, et la réalité vous broie ce coeur, le dessèche et imprime son empreinte. La rupture est une lutte contre l’autre et contre soi-même. On lui en veut d’avoir été si fragile et de s’être autant exposé. On se retrouve alors comme des gosses, qui se réjouissent d’avoir construit un superbe château de sable dans l’unique but de l’anéantir ensuite. Retirant de la destruction un plaisir sans borne, d’avoir réussi ensemble à faire preuve d’une infaillible et complice détermination sadique, dans cette démonstration revancharde, d’une bêtise sans nom : Faire mal par fierté et par orgueil. Bleus à l’âme que la distance se charge d’estomper. Ces fêlures invisibles et lézardes secrètes, cachées derrière une façade factice qui menace de s’écrouler par l’usure du temps, rendent méfiante une nature farouche, à peine apprivoisée.
Avec l’expérience, quelques relations tièdes ou fades, après quelques coups de crocs de vieux loups ayant eu l’impression de repérer la pauvre brebis égarée, encore un peu trop blanche et s’en repaissant juste le temps de la rendre chèvre, les idéaux s’effritent. Le feu follet se calme raisonnablement. N’en reste que la braise qui ne demande qu’un souffle pour reprendre.
C’est toi, «l’Iceberg », qui a su, à force de patience et de tendresse, m’insuffler ta force et la confiance, faisant de cette année la plus belle qui soit. Que m’arrive-t-il donc ? Je n’avais jamais vécu cela, étrange mélange de sérénité et d’engouement, mêlés de confusion et de douceur.
Je me sens heureux, calme et apaisé.
Bientôt deux ans de bonne humeur, de douce hébétude, quasi enfantine, de la légèreté, une insouciance, qui n’en est pas vraiment une mais qui en a les bénéfices, de l’indifférence pour ce qui m’aurait bien souvent autrefois atteint.
Des mois de bonheur sans fard.
Alors les mots sont sortis d’eux-mêmes, s’imposant avec une délicieuse évidence.
Je t’aime.
« Les âmes soeurs finissent toujours par se trouver quand elles savent s’attendre » - Théophile Gautier.
Par V.king, Mercredi 19 Octobre 2011 à 18:11 GMT+2 dans Mes mots à moi





























Ali et Merdad tentent de fuir l'Iran avec leurs cousins Asy, 7 ans, et Arman, 5 ans, dans le but de les ramener à leurs parents qui vivent en Autriche. Mais ils doivent d'abord passer par la Turquie et attendre un hypothétique visa qui tarde à venir. Ils font alors la connaissance d'autres réfugiés iraniens : un couple et leur petit garçon cherchant à prouver aux pouvoirs publics qu'ils sont persécutés pour des motifs politiques ou encore un professeur et un jeune Kurde qui surmontent leurs difficultés quotidiennes grâce à un incroyable sens de l'humour... 



Brisant les cœurs sur son passage, déchaîne les passions, provoquant le scandale, Lola Montès eut sans nul doute l’une des existence les plus tumultueuses du XIXe siècle. Qui aurait pu deviner que cette fausse danseuse andalouse était née en Irlande et avait grandi à Calcutta ? À Varsovie, devant des centaines de spectateurs, elle défia le gouverneur russe. À Berlin, elle cravacha un gendarme prussien. À Munich, enfin, elle séduisit Louis I du Bavière et mit la ville en révolution.
Depuis plusieurs mois, les journaux relatent un événement qui amuse les Parisiens : de grands cercles sont dessinés à la craie autour d'objets aussi anodins que variés, et ornés d'une phrase mystérieuse, écrite dans une belle écriture soignée : "Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ?".Beaucoup s'amusent de cette excentricité, certains s'irritent, et Adamsberg s'inquiète. Il perçoit au travers de ce geste anodin les prémices d'une catastrophe et ne retient de ces cercles que la cruauté qui s'en dégage et qu'il est le seul à sentir.Une fois de plus, son instinct lui donnera raison : c'est bientôt le corps d'une femme égorgée que l'on retrouve au centre de l'un de ces cercles.Ensuite 2 autres personnes seront retrouvées égorgé de la même manière.